Le projet en un coup d’œil
- Sujet : Une fabrique de cloches conçoit, moule, coule, accorde et prépare l’installation d’ouvrages de bronze destinés aux églises, aux carillons, aux monuments…
- Repère : contenu classé dans la rubrique Travaux & bricolage.
- Format : une lecture estimée à 12 min.
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- 01Le fondeur, artisan de la matière et du son
- 02Les ateliers français encore associés au métier campanaire
- 03À Villedieu-les-Poêles, la visite entre vraiment dans l’atelier
- 04Deux maisons familiales, deux trajectoires dans la durée
- 05De la terre au bronze, une fabrication sans droit au rattrapage
- 06Le musée Paccard montre la cloche sous plusieurs angles
- 07Un patrimoine de bronze qui continue de battre
- 08Questions fréquentes
Une fabrique de cloches conçoit, moule, coule, accorde et prépare l’installation d’ouvrages de bronze destinés aux églises, aux carillons, aux monuments ou aux troupeaux. La France compte plus de 300 000 cloches, dont 4 500 sont classées, tandis que certaines réalisations atteignent 30 à 33 tonnes. Derrière ces records se trouvent des fondeurs, des moules façonnés avec précision et des ateliers où plusieurs siècles de tradition rencontrent des commandes contemporaines. Voici où découvrir ce métier, comment se déroule la fabrication et quelles fonderies visiter en France.
Le fondeur, artisan de la matière et du son
Les fabricants de cloches s’appellent des fondeurs de cloches, ou fondeurs campanaires. Leur travail dépasse largement la coulée du bronze : ils interviennent depuis la définition du profil sonore jusqu’à la préparation de l’ouvrage pour son installation.
Le métier associe plusieurs compétences rarement réunies ailleurs. Le fondeur doit comprendre le comportement du métal en fusion, maîtriser la construction du moule et anticiper le résultat acoustique. Une erreur de profil ou une irrégularité dans la matière ne se corrige pas avec une couche de finition. Le son est inscrit dans la géométrie et l’épaisseur de la cloche.
Selon l’organisation de l’atelier, le travail peut comprendre :
- la conception de la cloche selon sa destination et la sonnerie recherchée ;
- la réalisation de ses gabarits et de son moule ;
- la préparation de l’alliage de bronze ;
- la coulée et le refroidissement de la pièce ;
- le décochage, qui libère la cloche de son moule ;
- les finitions, inscriptions et décors ;
- l’accordage par enlèvement contrôlé de matière ;
- la préparation du battant, des équipements de sonnerie et de l’installation.
La personne qui fabrique une cloche est donc bien un fondeur, mais le résultat repose généralement sur un travail collectif d’atelier. Modeleurs, mouleurs, fondeurs et spécialistes de l’accordage prennent successivement en charge une pièce dont la fabrication ne tolère guère l’improvisation.
La formation passe par les métiers de la fonderie, du moulage et du travail des métaux, puis par l’apprentissage propre au domaine campanaire. La fabrication des cloches et sonnailles constitue un débouché étroit : les ateliers actifs sont peu nombreux et une part essentielle du savoir se transmet au contact de fondeurs expérimentés. Avant d’envisager cette voie, il faut accepter sa double exigence : une pratique physique de la fonderie et une précision acoustique de facteur d’instrument.
Les ateliers français encore associés au métier campanaire
Les cloches sont fabriquées dans des fonderies spécialisées capables de réaliser leur moule, de conduire la coulée et de contrôler leur sonorité. En France, les noms de Cornille Havard, Paccard et Obertino correspondent à des savoir-faire et à des productions qui ne se confondent pas.
| Atelier | Implantation | Domaine associé | Repère historique fourni |
|---|---|---|---|
| Cornille Havard | Villedieu-les-Poêles, en Normandie | Cloches monumentales et art campanaire | Atelier construit en 1865 |
| Paccard | Annecy | Cloches, sonneries et carillons | Maison fondée en 1796 |
| Obertino | Labergement-Sainte-Marie, dans le Doubs | Cloches en bronze pour le bétail | Présentée comme la plus ancienne entreprise française de cette spécialité |
Villedieu-les-Poêles, connue pour son histoire liée au cuivre, offre un cadre particulièrement lisible pour comprendre la fonderie de cloches. L’atelier Cornille Havard y maintient des techniques de fabrication traditionnelles tout en répondant à des projets actuels. La commande destinée à l’église Saint-Sauveur de La Rochelle rappelle que le patrimoine campanaire continue de se construire, et ne se limite pas à restaurer des pièces anciennes.
À Annecy, Paccard associe production, présentation muséale et culture du carillon. La maison occupe une place majeure dans l’histoire des grandes cloches françaises et des ensembles campanaires. Dans le Doubs, Obertino montre une autre réalité du métier : la cloche peut aussi être un objet rural, plus petit, destiné au bétail et lié à des usages quotidiens.
Pour préparer un déplacement centré sur les ateliers actuellement identifiés, le dossier consacré aux lieux de fabrication des cloches en France permet de prolonger ce repérage. Vérifiez toutefois directement les conditions d’accès avant de partir : un atelier en activité adapte nécessairement ses visites à son calendrier de production et à ses impératifs de sécurité.
À Villedieu-les-Poêles, la visite entre vraiment dans l’atelier
Visiter la fonderie Cornille Havard permet d’observer le métier dans son environnement de travail, au lieu de découvrir uniquement des objets terminés. C’est ce qui donne à cette étape de tourisme industriel en Normandie sa valeur : la matière, les outils et les contraintes de fabrication restent visibles.
L’atelier construit en 1865 porte la trace d’une organisation pensée pour le moulage et la coulée des cloches. Le parcours met en relation les gestes anciens et les commandes contemporaines, avec une médiation adaptée aux visiteurs. Une visite sur mesure ou un parcours interactif peut ainsi rendre compréhensibles des opérations difficiles à saisir face à une cloche déjà installée dans un clocher.
La réouverture de la fonderie aux visites guidées redonne accès à ce lieu de production. Les horaires d’ouverture 2026 et les tarifs applicables aux particuliers, aux groupes, au jeune public et aux scolaires doivent cependant être consultés auprès de la fonderie : aucun montant ni créneau précis n’est fourni ici, et un horaire d’atelier peut évoluer selon les coulées programmées.
La taille des réalisations devient beaucoup plus concrète lorsqu’elle est rapportée au lieu où elles sont nées. En 2010, la plus grosse cloche signalée comme étant sortie de cet atelier a été livrée à l’abbaye du Bec-Hellouin ; elle pèse 4,5 tonnes. Cette donnée ancienne permet de mesurer les capacités de la fonderie, sans la transformer en record actuel non vérifié.
Prévoyez la visite comme celle d’un site industriel. Les consignes de circulation, les zones interdites et les éventuels changements de parcours ne sont pas accessoires : du métal en fusion, des moules lourds et des moyens de manutention imposent une discipline que le décor patrimonial ne doit pas faire oublier.
Deux maisons familiales, deux trajectoires dans la durée
Cornille Havard et Paccard représentent une tradition de fondeurs transmise sur plusieurs générations, mais leur histoire ne doit pas être réduite à une image immobile de l’artisanat. Ces familles ont conservé leur place parce que leurs ateliers ont su produire pour de nouveaux usages, de nouveaux sites et des projets d’échelle exceptionnelle.
L’histoire de Cornille Havard s’inscrit dans celle de Villedieu-les-Poêles, cité du cuivre où le travail du métal structure depuis des siècles une partie de l’identité locale. L’atelier de 1865 matérialise cette continuité. On y retrouve une fabrication fondée sur le moule traditionnel, la maîtrise de la coulée des cloches et l’intervention successive de plusieurs spécialistes.
Paccard fait remonter son activité à 1796. Depuis cette date, plus de 120 000 cloches sont données comme sorties de ses ateliers. Ce cumul historique ne signifie pas qu’une cadence identique se maintient aujourd’hui ; il montre plutôt l’ampleur prise par la maison au fil des commandes religieuses, civiles et musicales.
Avant la concentration du métier dans des ateliers fixes, certains fondeurs étaient itinérants. Ils se déplaçaient au plus près des lieux de commande, notamment parce que transporter les matières et organiser une coulée sur place pouvait être préférable au déplacement d’une cloche terminée. La fonderie stable a regroupé les équipements, mais le chantier campanaire conserve une dimension mobile lors du relevé, de la manutention et de l’installation.
Cette histoire familiale n’exonère jamais d’un examen technique. Pour une restauration, le nom du fondeur ou l’ancienneté de la pièce ne suffisent pas à décider : il faut établir l’état du bronze, des anses, du battant et des équipements de suspension. Une cloche remarquable reste un ouvrage lourd soumis à des efforts répétés.
De la terre au bronze, une fabrication sans droit au rattrapage
La fabrication d’une cloche commence par sa forme sonore, bien avant l’arrivée du métal. Le moule définit les courbes, les épaisseurs, les inscriptions et les décors ; la coulée ne fait que rendre définitif ce travail préparatoire.
Construire une empreinte qui disparaîtra
Le profil de la cloche est établi à partir de gabarits. Le moule traditionnel comprend des parties successives qui ménagent l’espace destiné au bronze. Les décors et inscriptions y sont préparés avant la coulée. L’ensemble doit ensuite être séché et cuit afin de supporter le contact avec le métal en fusion.
Un support imparfait produit ici autre chose qu’un défaut cosmétique. Une fissure, une humidité résiduelle ou une faiblesse du moule peut compromettre la pièce et la sécurité de l’opération. Le diagnostic de l’état du moule précède donc toute décision de couler.
Couler, refroidir puis libérer la pièce
Le bronze est préparé, fondu puis versé dans le moule. La coulée constitue le moment spectaculaire de la fabrication, mais elle dépend de tout ce qui a été accompli auparavant. Température, propreté de l’alliage, continuité du remplissage et comportement du moule participent à la qualité finale.
Après refroidissement, le moule est détruit pour dégager la cloche. Celle-ci est nettoyée et contrôlée. Le caractère non réutilisable du moule rend chaque coulée singulière : refaire une pièce demande de reprendre une part considérable de la préparation.
Accorder le bronze sans l’affaiblir
La cloche brute possède déjà sa voix, mais son accordage peut demander un enlèvement précis de matière à l’intérieur. Cette opération vise ses différentes composantes sonores, pas uniquement une note isolée. Une intervention excessive serait irréversible.
Les documentaires présentés dans l’univers Paccard donnent un autre accès à ces gestes : Les Filles de Bronze, réalisé pour France 3 en 2017, existe dans une version courte de 28 minutes ; Une Cloche pour la Paix dure 26 minutes et Du Savoir et du Feu 20 minutes. Ces films complètent utilement l’observation d’une fonderie, sans remplacer la lecture directe des outils, des moules et des étapes de production.
Le musée Paccard montre la cloche sous plusieurs angles
À Annecy, le musée Paccard réunit patrimoine, fabrication et écoute. La visite peut porter sur les collections, les ateliers ou le clocher, ce qui permet de passer de l’histoire de la famille au fonctionnement concret d’un ensemble de cloches.
La visite libre du musée donne accès au parcours campanaire, aux deux salles vidéo, à l’accueil et à la boutique. Le tarif d’entrée indiqué est de 9,50 €, avec une ouverture annoncée toute l’année. Le jeudi fait exception pour la visite libre en raison des visites Découverte : cette restriction mérite d’être contrôlée lors de la réservation.
La visite guidée des ateliers rapproche le public des techniques de fabrication. La visite du clocher conduit quant à elle jusqu’au pied des cloches, une position utile pour comprendre leur montage, leur volume et les contraintes mécaniques d’une sonnerie. L’installation ARS SONORA « Pygmalion » illustre enfin le passage de la cloche isolée à une composition pensée comme un instrument.
La visite Découverte, proposée sur réservation, est annoncée au tarif adulte de 20 €. Un jeudi peut permettre d’assister à la coulée des cloches, mais cette possibilité ne doit pas être comprise comme une garantie : la production réelle commande le calendrier, et le métal ne se coule pas pour remplir une plage de visite.
Des formules Pass’Famille existent pour le musée et la fonderie. Le dossier ne donnant pas leurs montants, mieux vaut comparer les formules au moment de réserver selon le nombre de visiteurs et le parcours souhaité. Pour approfondir les gestes avant le déplacement, ce guide sur la fabrication d’une cloche, du moule à l’accordage fournit les repères nécessaires.
Un patrimoine de bronze qui continue de battre
Avec plus de 300 000 cloches en France, dont 4 500 classées, le patrimoine campanaire forme un ensemble bien plus vaste que les seules pièces célèbres. Sa conservation engage à la fois le bronze, les structures qui le portent et les mécanismes qui le mettent en mouvement.
Les records donnent néanmoins la mesure du savoir-faire. En 1898, la Savoyarde de 18 835 kilos a été installée au Sacré-Cœur de Montmartre. La donnée est historique et sa source unique non institutionnelle invite à la présenter avec cette attribution, plutôt qu’à en tirer un classement actuel.
En 1999, la « World Peace Bell » de 33 tonnes a marqué un autre record associé à Paccard et à une destination aux États-Unis. Le carillon de Chambéry est, pour sa part, donné pour 30 tonnes et 70 cloches. Passer d’une cloche monumentale à un carillon multiplie les difficultés : chaque pièce possède sa propre voix, mais doit aussi prendre place dans un ensemble cohérent.
Ces masses impressionnent, pourtant la valeur du patrimoine ne se mesure pas uniquement au poids. Une petite cloche rurale, une sonnerie communale ou un ensemble liturgique peuvent porter une histoire locale tout aussi importante. Leur préservation demande un diagnostic par élimination : identifier si le désordre vient de la cloche, du battant, du joug, de la motorisation ou de la structure porteuse avant d’intervenir.
Une fabrique de cloches reste ainsi un atelier vivant, pas le décor figé d’un métier disparu. Son intérêt tient à cette alliance exigeante entre fonderie, acoustique, décor et manutention lourde. Pour découvrir ce savoir-faire, privilégiez une visite qui donne accès aux étapes de production et vérifiez le calendrier des coulées plutôt que de choisir uniquement sur la promesse d’un spectacle. La suite se joue aussi dans les clochers, où l’entretien décide de la transmission réelle de ces ouvrages.
Questions fréquentes
Comment s’appellent les fabricants de cloches ?
Les fabricants de cloches sont appelés fondeurs de cloches ou fondeurs campanaires. Ils conçoivent le profil, préparent le moule, conduisent la coulée et participent à l’accordage de la pièce.
Où fabrique-t-on encore des cloches en France ?
Des cloches sont notamment fabriquées chez Cornille Havard à Villedieu-les-Poêles, chez Paccard à Annecy et chez Obertino à Labergement-Sainte-Marie. Ces ateliers ne couvrent pas exactement les mêmes productions, des cloches monumentales aux cloches de bétail.
Peut-on assister à une coulée de cloches ?
La visite Découverte de Paccard peut permettre d’assister à une coulée un jeudi, sur réservation, au tarif adulte annoncé de 20 €. La tenue effective de l’opération dépend toutefois du calendrier de production de la fonderie.
Une cloche ancienne peut-elle être réparée ?
Cela dépend de la nature du désordre et de l’état de ses équipements. Avant toute intervention, un spécialiste doit contrôler le bronze, les anses, le battant, la suspension et la structure afin de déterminer si une réparation est techniquement sûre.
Quels repères pour fabrique de cloches ?
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